Petra: un, deux, trois

Jeudi en après-midi (ce qui représente le début du week-end, ici), nous avons quitté Amman pour nous rendre à Petra, au Sud du pays. Le site archéologique est sans doute l’attraction touristique la plus connue du pays. Surtout depuis qu’Indiana Jones s’y est aventuré dans son film La dernière croisade. On dit d’ailleurs que dans certains cafés de Wadi Musa (la ville qui borde le site archéologique), le film est présenté tous les soirs. Je ne suis pas allée vérifier…

Petra: temps un – la nuit

Comme nous arrivions un jeudi en fin d’après-midi, nous avons eu la chance de pouvoir participer à l’activité «Petra by night». Le tarif de 12 dinars (18$) n’est pas excessif pour vivre ce moment particulier, mais en même temps, je ne dirais pas qu’il s’agit d’un moment incontournable. Le chemin d’entrée et le Siq (j’y reviendrai) sont si peu éclairés qu’on ne peut vraiment pas en profiter (tout en faisant gaffe de ne pas piler dans les centaines de bouses qui parsèment le terrain). Par contre, il y a sans doute moyen de se foutre quelques belles frousses en se racontant des histoires de feu de camp… Quand vous arrivez au bout du Siq, on peut dire qu’on aperçoit la lumière au bout du tunnel!

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Si l’effet visuel des multiples bougies sur le parvis du Trésor (le monument qui nous accueille au coeur du site de Petra) est très réussi, la soirée est assez rapidement faite. Petit thé sucré, foule mal assise dans le sable (et toujours, ces bouses…), quelques musiciens, un monsieur très sympathique qui nous parle du lieu. Et puis hop… (Ce serait encore mieux si les gens fermaient leur cellulaire. Le petit signal des courriels qui rentrent, ça te brise un peu la magie nabatéenne, quand même…)

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Quand la pleine lune s’est pointée au-dessus de la falaise, j’avoue que le duo lune/bougies m’a fait fondre. J’ai eu une pensée pour ma mère au Nunavut, dans un troupeau de caribous. Nous avons souvent été loin l’une de l’autre, mais jamais autant aux antipodes. J’ai pensé à cette chanson de Véronique Samson: «Quand je pense que c’est la même lune, qui brille pour toi, qui brille pour moi. Moi je me dis que c’est la même fortune, qui rit pour toi, qui rit pour moi.»

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Petra: temps deux – tombes et monastère (et âne)

Le lendemain matin, nous avons découvert Petra à la lumière du jour (info pratique: le billet est entre 50 et 60 dinars dépendant du nombre de jours, donc entre 75$ et 90$). Ce qu’on en dit est vrai: à chaque heure son profil change. Chaque jour aussi. Toute lumière légèrement différente modifie le profil des pierres si riches. À savoir: comptez un bon 20 ou 25 minutes avant d’arriver au coeur de l’action. À savoir (2): ayez de bons souliers. Je ne sais pas comment les gens font en sandale (le premier soir j’ai sacré tout le long), mais j’ai même regretté de ne pas avoir de bons souliers de marche.

La première section se fait sur un sentier de terre et de roches où on se fait l’oeil au paysage si grandiose. De premiers artefacts impressionnants s’y trouvent. Vous pouvez faire ce chemin en cheval: «included in your ticket» vous dira-t-on, mais on vous demandera toujours un pourboire de l’ordre de 3 à 5 dinars.

C’est après ce premier sentier qu’on entre dans le SIQ, ce passage étroit incroyable, ancienne voie sacré, qui vous fait voir des falaises immenses de toutes les couleurs. Le chemin est bétonné, mais on prévoit encore là de dix à quinze minutes de marche.

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Le Siq débouche sur le Trésor (première photo), un des lieux les plus impressionnants de Petra (quoi qu’il y en a plusieurs) et parvis du temple du vendeur de bracelets et de balades en chameaux ou en âne. En marchant dans l’artère principale de Petra, vous croiserez aussi les vestiges d’un théâtre, ce qu’on appelle la rue des façades ainsi que de très impressionnants vestiges du Grand Temple. La deuxième photo vous donne une idée de la grosseur des colonnes effondrées.
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Au bout de cette allée principale, on vous offrira de vous amener en âne vers le Monastère, un lieu en hauteur. Pour 15 dinars par personne (22$ environ), ça vaut sans doute la peine. Pour ma part, je vous conseillerais à dire vrai de monter en âne mais de redescendre à pied. Je n’ai pas peur de grand-chose dans la vie, mais dans les derniers jours, j’ai eu peur trois fois. La première c’était quand mon âne s’obstinait à marcher beaucoup trop près de la falaise. Et pour tout dire, je me sentais assez coupable de faire traîner mes 97 kilos à cette petite chose un peu souffrante sous tout ce soleil.

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Je clos cette parenthèse en rappelant que Petra est remplie de bêtes qui chient sans arrêt et quoi qu’en pense votre gros bon sens, les grosses bouses dégueux ne sont pas celles des dromadaires, mais celles des ânes. Les dromadaires font des petites crottes toutes rondes.

Cela dit, après ma peur de l’âne, nous nous sommes tout de même retrouvés devant le Monastère. Et puis là, ben, c’est ça…

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Un lieu magnifique, extrêmement paisible, très impressionnant (deuxième siècle avant notre ère, quand même…). Il y a là une petite buvette où on peut se désaltérer (même en âne, c’est pas de tout repos, la montée) et une jolie boutique d’artisanat bédouin. C’est là que j’ai eu ma deuxième peur.

J’étais seule dans la boutique à regarder les bijoux quand j’entends un branle-bas de combat et des cris d’âne (n’est-ce pas un son reconnaissable entre tous?). Avant de voir deux ânes manifestement dans tous leurs états qui fonçaient… droit vers la boutique. Ils ne sont pas venus s’expliquer, mais c’était clairement une histoire de rut et de non-consentement. La petite anelle grise disait «non», y’avait pas de doute possible! Mais l’âne brun tenait son point. D’ailleurs, même une fois bien attaché, il continuait à montrer élégemment des dents à la petite chose grise qui s’étaient réfugiée contre un pan de mur. (Maudit beau pan de mur, d’ailleurs, quand on veut comprendre la beauté de la roche de Petra).

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Nous avons donc redescendu la montagne en âne… Je me suis d’ailleurs fait écorcher le genou par cette bête qui m’a collée contre un pan de mur (pour une fois qu’elle quittait sa fascination des précipices)! Je sens que je vais sacrer après elle en rentrant dans la Mer morte (mais ce sera une histoire pour un autre jour).

En après-midi, nous avons opté pour un chemin en surplomb de la route principale (beaucoup plus facile à pied) qui permet de visiter quelques lieux magnifiques dont une petite église byzantine. Les mosaïques valent à elles seules le détour.
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En suivant ce chemin, on se rend alors dans la section des tombeaux, sans doute ce qui m’a le plus impressionnée de tout mon séjour là-bas. Plusieurs tombeaux sont gravés à même le roc de la falaise et offrent des profils et des points de vue à couper le souffle.
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Ce soir-là, nous avons soupé sur la terrasse du toit du Mövenpick. Si cet hôtel ne m’a pas toujours donné l’impression de mériter ces 5 étoiles, disons qu’il a pour lui d’être à deux pas (peut-être dix, maximum) de l’entrée de Petra et que ce restaurant en hauteur est non seulement magnifique, mais les grillades étaient vraiment délicieuses. Nous avons d’abord vu le soleil se coucher derrière les montagnes de Petra et puis la pleine lune – encore elle – se lever sur Wadi Musa.

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Petra: temps trois – en hauteur

Pour notre dernière demi-journée à Petra, nous avions convenus de visiter le Haut lieu du sacrifice qui culmine à 1000m au-dessus du site principal. Mais comment: en âne ou à pied? J’avais peur de ne pas y arriver à pied, mais j’avais encore bien plus peur de l’âne…

Nous avons donc décidé de nous «essayer» et, évidemment, nous avons réussi! Bien que ces 800 marches de la montée ne soient pas de tout repos, j’avoue que c’était moins pire que j’avais pu me l’imaginer (quoi qu’on oublie si vite…). Il était 10h et pour la plupart du trajet nous avions de l’ombre. Une fois au sommet, le Haut lieu du sacrifice présente un intérêt archéologique mais est assez banal pour le coup d’oeil (il s’agit essentiellement d’un bassin). Mais la vue, la vue…
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On peut redescendre du sommet par un autre chemin qui suit le flanc opposé de la montagne. Je le conseille ne serait-ce que parce que je m’imaginais bien mal redescendre ces marches escarbées et grandement érodées par la pluie… On croise sur la descente encore plusieurs points de vue qui valent le détour, mais aussi une série de tombeaux intéressants.

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Résumé touristique: au moins deux jours, de bons souliers, beaucoup de crème solaire, beaucoup d’eau. Attention aux bouses (les bons souliers c’est aussi pour ça)!

Aparté: les relations avec les Bédouins

Sur le site de Petra, on croise essentiellement des Bédouins qui vivent tout près. Ils sont les descendants de ceux qui habitaient le site et ont été expropriés lors de sa reconversion en parc national archéologique. Les Bédouins gèrent les buvettes, vendent de l’artisanat, servent de guide ou offrent des parties du trajet en âne ou en dromadaire. Et comme dans tous les contextes de ce genre, ils sollicitent beaucoup. Sans arrêt.

Il est vrai qu’à la fin du deuxième jour, quand pour le quarantième fois on m’a demandé si je ne voudrais pas monter sur un dromadaire, j’ai failli crier. Mais je ne l’ai pas fait, bien sûr, parce que je comprends le contexte et que c’est comme ça que ça se passe.

Cette envie de crier, en fait, elle parle plutôt de la culpabilité qui s’installe petit à petit entre la sollicitation des uns et des autres et ces enfants – beaux enfants – qui veulent vous vendre des cailloux que vous pourriez ramasser vous même en vous penchant ou qui vous demandent de l’eau quand c’est exactement ce dont vous avez bien du mal à vous départir dans cette chaleur.

Les tentes de vente se retrouvent partout, y compris très en hauteur. Nous avons même rencontré une vendeuse au Haut lieu du sacrifice qui est allée jusqu’à essuyer le visage de mon ami avec son foulard! Quand les «boutiques» sont fermées, le matériel est parfois à peine protégé (j’aurais pu voler au moins vingt fois). On croise par moment des coffres verrouillés qui continnent sans doute le matériel.

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Tout ça s’installe en contre-point de l’ostentatoire présence touristique. Nous sommes là, nous visitons, nous nous trouvons très respectueux (même si nous avons toujours l’impression que nos semblables le sont moins que nous), nous dormons dans un hôtel climatisé (mais j’ai chialé parce que c’était mal climatisé), nous lunchons dans des restos qui offrent des buffets hors de prix (et je chiale parce que je trouve les buffets mauvais). Nous sommes riches même quand nous ne le sommes pas tant que ça. Alors pourquoi ne pas acheter une roche à 1 dinar, quitte à la rejeter dans la nature dans les minutes qui suivent?

Cette culpabilité sourde finit toujours par me ronger – il faut relire à ce propos mon texte dans le collectif Bonjour voisine – et alors je finis par acheter quelques trucs artisanaux que je paie un prix démentiel parce que je suis une piètre négociatrice, mais surtout parce que je me ronge l’intérieur. Ça ne règle rien. Ça ne me soulage même pas.

Post-sriptum

Oui, il manque une de mes histoires de peur. Ce sera pour demain, puisque c’est une autre étape…

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2 réflexions sur “Petra: un, deux, trois

  1. Catherine Chaque jour, je reçois des cartes postales sublimes d’une inconnue, d’un coin du monde où le Liban m’attire plus que tout autre pays. J’attends le facteur virtuel, et j’apprivoise cette réception loin du facteur de rue. Répondre à la réception de cartes postales, ça m’intimide, une nouveauté contemporaine….Écrire des lettres par contre, c’est mon dada, stylo_papier choisie_animer l’enveloppe de collages et pochoirs_de connivence avec la postière choisir le timbre_le plaisir dans l’accomplissement et un pt´cadeau reçu au destinataire…. C’est le pt´cadeau que je reçois, de toi…de ce coin du monde aux couleurs de terre chavirantes et…me fais voyager, sur place au mois de juillet à Montréal. Voilà…vers toi sans timbres…. …..à bientôt Diane Simard alias DS Envoyé de mon iPad

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