De Mer morte et d’oisivité

Il n’y pas, sur les rives de la Mer morte, d’hôtels bon marché. Pour y passer quelques temps, on choisit un resort parmi d’autres. J’avais choisi le moins cher: le Dead Sea Spa Hotel pour les 48 heures de solitude et de repos total que je me proposais.

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Dire d’abord que la Mer n’est pas large et qu’on distingue assez clairement, sur l’autre rive, les montagnes cisjordaniennes. Le ciel, par contre, n’a pas la transparence que j’ai pu lui voir ailleurs en Jordanie. Je suppose que l’air est toujours chargé d’humidité. Si ce n’est d’iode!? Ce matin, pourtant, il me semblait plus clair et les montagnes plus vivantes, moins fantomatiques.

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Alors, la mer? Je ne l’ai pas trouvée aussi poisseuse qu’on le dit. J’ai surtout constaté que la plage réservée par l’hôtel s’éloigne si peu des rives qu’on n’a pas un grand sentiment de liberté. On flotte, certes, on flotte, mais comme nos fesses finissent toujours par toucher le fond, on oublie vite.

J’ai un peu chialer contre cet âne qui m’a écorché le genou. Mais ça s’endurait. Le plus dérangeant, c’était le discret sentiment de démangeaison qui me parcourait les jambes. Conseil: si vous allez à la Mer morte, allez-y donc poiluEs. Tous mes pores vous félicitent déjà pour votre émancipation.

Je suis aussi allée me faire masser. Tous les grands hôtels de la Mer morte ont des spas intégrés. Allez savoir pourquoi j’ai choisi un massage des pieds… (Qui était fabuleux, ce n’est pas la question…) Un autre acte manqué sans doute, comme pour m’empêcher de contourner ce qui me chicote depuis quelques jours.

Est-ce le fait de me retrouver seule? Est-ce la mi-parcours du voyage? La pleine lune? Est-ce que je fais une OVERDOSE de buffet d’hôtels? Ma santé qui déconne juste assez pour ne pas m’indisposer trop, mais s’assurer que je ne l’oublie pas? Toujours est-il que ce passage à la Mer morte aura été marqué par le retour en force de l’angoisse de ne pas savoir comment faire et de la culpabilité.

Stress de ne pas comprendre le système de prêt de serviettes. Stress de ne pas savoir comment agir en arrivant dans l’eau. Stress de ne pas savoir combien de pourboire laissé à qui. Je me suis revue à Berlin, dans le métro, à tenter de repérer le nom des stations avant de réaliser que ça fait trois stations que je regarde le mot « sortie ». Je n’ai pas repris le métro pendant quatre jours après. Ces stress peuvent m’handicaper, m’empêcher d’agir. Mais à la Mer morte, j’étais venue pour ne rien faire. L’oisiveté m’a donc donné tout le temps de me laisser envahir par l’angoisse.

Le lien avec le massage de pieds? La culpabilité. Je ne suis pas une grande fan des pieds, alors payer pour me faire masser expressément les pieds, juste les pieds, quelque chose de profond en moi – et de peut-être absurde – trouve ça avilissant pour celle qui masse. Quand la charmante thaïlandaise m’a… lavé les pieds, j’ai pensé que ça en était fait, je me consumais de culpabilité sur le champ et je ne me réveillerais plus. Mais non, bien sûr, je me suis endormie de confort et réveillée aux anges. Mais coupable quand même…

Culpabilité d’être dans un hôtel hors du monde, de passer des heures près de la piscine sans songer au manque d’eau, de bouffer matin, midi et soir dans des buffets gargantuesques devant des serveurs qui font probablement le Ramadan. Se demander si le tourisme c’est une bonne chose finalement.

Et surtout, surtout, culpabilité de passer la journée allongée. À lire L’orangeraie de Larry Tremblay. Les montagnes cisjordaniennes imprimées sur l’horizon (et à jamais dans mon imaginaire de cette lecture). Me la couler douce. Ne même pas mal dormir. Ne même pas être si dérangée que ça. Dérangée comme par une mouche, à la limite. Dérangée sans révolte, avec un soupçon de lassitude.

Être bien. Et pourtant impuissante. À moins que ce soit l’inverse.

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