Recette anti-blues: travailler, marcher vite ou lire (ou les trois)

Traînant toujours ce petit blues inexpliqué qui me colle aux fesses depuis quelques temps, j’ai commencé cette journée au ralenti. Il faut dire que j’avais quelques heures de temps à donner pour préparer la sortie de mon nouveau livre qui arrive dans à peine un mois.

J’avoue que j’aime bien ces moments de vacances où je traîne en pyjama en faisant quelques tâches domestiques et en trouvant un peu de temps pour écrire. Ça aussi, ce sont les vacances, et sans doute un des gros avantages de voyager avec un pied à terre.

Toujours est-il que lorsque l’après-midi est arrivé, je n’avais toujours pas envie de quoi que ce soit. Pas envie, en tout cas, de me retrouver dans le centre d’Amman. Je suis donc simplement partie marcher. Température idéale: beau, mais pas trop chaud avec un bon vent frais. Le problème, c’est que dans une ville où on ne marche pas, sortir pour marcher est en soi étrange et attire l’attention sur vous. Je cherchais un quartier commercial dont on m’a dit qu’il était à distance de marche. Je n’ai pas trouvé. (Dans cette ville, les noms de rue sont un truc optionnel, donc obtenir des indications claires n’est pas le plus simple…)

Si j’ai pu une fois de plus observer la flore du coin, j’en ai aussi observé la faune humaine.

20140715-193217-70337001.jpg

20140715-193218-70338493.jpg

20140715-193215-70335337.jpg

20140715-193220-70340091.jpg

Comme je le soulignais la semaine dernière, même si Abdoun est un quartier cossu, on croise des gens dans des situations d’extrême pauvreté. Ainsi cette petite famille, installée dans un bizarre de baraquement de carton, au coin d’une rue. J’imagine que l’objectif est d’être vus… j’ai surtout peur qu’ils se fassent happer par une voiture qui négocierait le virage un peu trop vite.

Étonnement aussi devant un terrain vague qui devient un espèce de lieu de sieste de chauffeur de camion. Les uns à côté des autres, ça discute, ça somnole, ça attend (je ne sais trop quoi).

Autre surprise: découvrir, au milieu de cabanes grandioses (j’ai même vu une piscine dans une cour intérieure!), des blocs d’allures beaucoup plus modestes, souvent avec des antennes de télévision qui semblent sortir d’un autre siècle. Allez savoir pourquoi, j’ai pensé à La canicule des pauvres de Jean-Simon DesRochers. Les pauvres ont chaud, ici aussi.

20140715-195058-71458234.jpg

Je ne sais pas combien de temps ces blocs resteront là parce que Abdoun est en boom. Partout, des grues marquent le territoire des chantiers de construction et de nouveaux hôtels de luxe poussent à côté des hôtels de luxe.

Après cette petite balade où j’ai affronté le trafic, croisé une église grecque orthodoxe et chercher, un peu en vain, le trottoir praticable, je me sentais soulagée d’un certain poids. Je me suis arrêtée au Books@Coffee in Abdoun, un petit café très occidental où on trouve aussi une section librairie.

Il faut savoir que pendant le ramadan, les établissements qui restent ouverts le jour baissent des stores dans toutes leurs fenêtres. Il y a, à la limite, une petite honte à s’y faufiler (comme si on entrait dans un club échangiste…). C’est d’ailleurs la première fois que je me risquais. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que le B@C était à peu près plein et qu’on y trouvait beaucoup plus d’Arabes – surtout jeunes – que d’étrangers.

Un thé, une sucrerie, un peu d’eau et un livre, j’ai attendu que le blues me quitte complètement. Dans Vous (Éditions d’Acadie/Prise de parole) de Herménégilde Chiasson, j’ai alors lu

mais nous étions trop préoccupés par ce que nous allions dire pour penser un seul instant à ce que nous étions en voie de devenir

J’ai alors pensé à Thierry Hentsch que je relis présentement – qui hante mes rêves aussi – et à toute sa forte et nécessaire réflexion sur le récit comme élément constitutif de notre identité. Est-ce que ce voyage prendrait sens de la même façon si je ne le racontais pas?

Et ma vie?

20140715-200654-72414111.jpg

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s