Saga taxis

Finalement, ma rencontre avec Khalid au début de mon voyage aura été une exception et ce qui s’avère le plus difficile pour moi, en Jordanie, c’est de m’organiser avec les taxis. Et comme on ne peut à peu près pas se déplacer sans taxi, me voilà bien mal prise…

Il y a les taxis qui refusent de mettre le compteur en marche et qui chargent un prix «exorbitant» aux touristes. Entendons-nous: exorbitant par rapport au prix qui serait calculé par le compteur! Les taxis coûtent un prix dérisoire et même quand le chauffeur refuse de se baser sur le compteur, la différence est minime et ne représente pas grand-chose. Mais le principe est quand même fâchant!

Ou alors les chauffeurs sont très gentils mais baragouinent à peine l’anglais. Alors on ne se comprend pas! On ne se comprend pas sur le lieu, sur le prix, sur le change…

Tout ça n’est pas très grave et le devient pourtant pour moi. Ça nous ramène aux toutes premières considérations que j’ai soulevé sur ce blogue et ma légendaire peur de ne pas savoir comment faire. Ces histoires de taxi me plongent dans une petite angoisse. Rien de lourd ou de sourd, plutôt quelque chose qui gratouille, mais juste assez pour me prendre parfois une ou deux heures à me décider à partir. Je flâne, je traine les pieds, je soupèse l’opportunité de ne pas sortir et de manger des desserts au miel toute la journée en lisant Donna Tartt. En fait, je trouverais qu’il n’y a rien de mal à un tel plan de vacances si ce n’est que ce qui me pousse à l’adopter est une espèce de crainte débile du taxi qui a fini par s’installer. Le genre de craintes auxquelles je refuse le privilège de se faire un jardin en moi.

Quand j’ai fait la finale pour la Course Destination Monde, j’avais à peine 18 ans. Je me suis retrouvée dans l’Ouest du pays, à naviguer entre Whistler, Vancouver et l’État de Washington pour faire deux films de sélection. Après avoir passé quelques temps chez une amie à Whistler, je suis débarquée fin seule à Vancouver. J’avais réservé un hôtel par téléphone et en y arrivant, j’ai eu la chienne. Mon souvenir c’est que le truc semblait assez glauque, avec un bar bruyant et des gens qui riaient fort. Ça m’a donné l’impression d’un hôtel de passes. J’ai reculé, je me suis rendue sur la première grande artère, et j’ai tenté de réserver une chambre hors-de-prix dans un hôtel luxueux. Après que le préposé ce soit moqué de mon accent, j’ai fait une vraie crise de nerfs… et la chambre a soudain été moins hors de prix! J’ai le souvenir d’avoir pleuré – et dormi – tout mon saoul dans un lit immense.

J’ai su à ce moment-là que je n’étais pas prête pour la Course. Il faut croire qu’eux l’ont su aussi… même si je ne leur ai jamais raconté cette histoire. Après mon échec, je me suis jurée de profiter de la prochaine année pour dépasser cette peur de déranger, cette peur de ne pas savoir comment faire. Pour me solidifier et être prête pour la prochaine fois. En février de cette année-là, on apprenait que la Course Destination Monde sortait des ondes et qu’il n’y aurait pas de prochaine fois.

N’empêche que je devenais un peu un adulte et que j’apprenais doucement à juguler mes angoisses irrationnelles quand vient le temps de prendre le transport en commun, de demander mon chemin ou de parler à des inconnus. Mais certains stigmates demeurent: vous remarquerez qu’il y a bien peu d’humains sur mes photos. Je ne m’habitude pas au fait d’oser prendre leur portrait à des inconnus. Imaginez quand il s’agissait de les filmer…

Plus de 15 ans plus tard, je continue donc à faire face à la musique et à refuser l’immobilisme quand il est réclamé par des angoisses sottes. Résultat pour aujourd’hui: je me suis bottée le cul! Et je me suis retrouvée dans un taxi qui ne comprennait pas «Citadelle». Bon, évidemment, j’aurais pu noter le nom du lieu en arabe, mais je me suis bêtement imaginé que tous les chauffeurs connaîtraient le nom en anglais DU LIEU touristique de la ville. Coincée – lui mal à l’aise, moi mal à l’aise – j’ai donc opté pour le 1st Circle. Je suis partie à la recherche de boutiques d’artisanat que j’avais noté dans mon guide.

Je n’ai pas adoré mon Petit Futé, mais à leur décharge, ce n’est pas si facile de donner des indications dans une ville où la notion d’adresse est secondaire. Chaque indication est donc approximative «près de ceci», «derrière cela», «en retrait de cette rue». Résultat: je n’ai rien trouvé! Il faut dire que si les rédacteurs du Petit Futé avaient lu Lakoff et Johnson sur la métaphore, ils sauraient que «derrière cela» ne veut pas dire grand chose. «Derrière l’hôtel Intercontinental près du 2e cercle», était-il écrit. Premièrement, l’hôtel Intercontinental est plus proche du 3e cercle que du 2e et c’est un quadrilatère en entier. Où est derrière? Derrière quand je regarde d’où?

J’ai quand même parcouru Rainbow Street, une rue marchande à la fois touristique et très prisée par les jeunes d’Amman. Pendant le Ramadan, la rue est assez morte le jour, mais il y a là quelques boutiques touristiques. Malheureusement, rien de très intéressant. J’ai quand même pu regarder les quelques façades colorées et les chocs de culture tel ce portrait du prince surplombé d’une annonce de Pepsi, cette Église ou cette bâtisse résolument moderne qui longe la même rue que les édifices patrimoniaux où siègent plusieurs ministères et services gouvernementaux.

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Bonne nouvelle de la journée: je suis tombée sur une vraie boulangerie arabe, la première que je trouve, où j’ai pu acheter des desserts au miel somptueux. Je ne me suis jamais rendue à la Citadelle, mais il faut croire que ce sera pour un autre jour (même si ceux-ci sont comptés).

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Une réflexion sur “Saga taxis

  1. Ah Catherine Voilà que l’ancêtre du télégramme_le facteur virtuel m’annonce un deuxième envoi. Une petite joie… Et ben non tout ne se déroule pas comme prévu….loin du « Taxi Man  » de Stanley Péan ! Et la récompense valait les zigzags, la Citadelle s’offre plutôt en boulangerie arabe et tout ce miel et les pistaches et l’eau de fleurs d’orangé ou de rose (j’imagine) nous salivons. de Montréal sous la canicule_de mon Igloo_avec la chatte NouNou …..TANTI SALUTI DS

    Envoyé de mon iPad

    >

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