Dernières considérations

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Ça se termine et je réalise qu’il y a plein de trucs dont je n’ai pas parlé parce qu’elles sont le fruit de petites observations sans grande portée et qu’on se garde parfois une petite gêne à vouloir affirmer des choses. Reste le droit de soulever la poussière et de poser quelques questions.

Le(s) conflit(s)

J’ai finalement été très chanceuse. S’il avait fallu prévoir notre séjour à Jérusalem plus tard, on ne serait sans doute jamais rendus. Nous étions sur place lors de l’enterrement du jeune Palestien qui a été assassiné et la tension montait, mais les discours officiels étaient encore à la conciliation. C’est fou de voir comme en quelques semaines les choses peuvent s’envenimer.

On me demandait si j’ai entendu parler du conflit. Il faut dire d’abord que j’ai croisé peu de locaux, que je suis une femme (j’y reviendrai) et que j’ai suivi le conseil que tout le monde vous donne: évite donc le sujet!

La Jordanie est un pays particulier puisque c’est une zone de paix et de relative sérénité dans une région explosive. Avec ce qui se passe entre Israël et la Palestine, les horreurs qui se trament en Irak en plus de l’impossible situation syrienne, le pays est nécessairement pressé et compressé de toute part. Il y a des réfugiés en très grand nombre, bien entendu, mais aussi une immigration de gens riches qui viennent se réfugier et investir ici quand les choses ne vont pas bien chez eux. Savoir qui est Jordanien parmi les Jordaniens que je croise, ce n’est pas si évident.

Par contre, je ne peux pas dire qu’on sente, d’une façon ou d’une autre, les conflits dans le quotidien. Évidemment, il y a des manifestations. Mais ce qu’on oublie quand on regarde les choses à distance, c’est à quel point la plupart des manifestations ont des rayonnements assez limités.

Ce qui inquiète davantage, c’est cette espèce de certitute jordanienne que «ça n’arrivera jamais ici». Je pense que malheureusement, la situation en Syrie, et peut-être même celle en Ukraine, ne nous permettent pas de dire «jamais».

La situation des femmes

La Jordanie n’est pas l’Arabie saoudite et les femmes y jouissent de pas mal de libertés. Elles conduisent, elles travaillent, elles étudient, elles votent. Lors des dernières élections municipales – si mon souvenir est bon – il y a même eu adoption d’un quota de 20% de représentation féminine.

Ça reste une société très fortement patriarcale. Je l’ai vécu dans la difficulté que peut représenter pour moi le fait de parler aux gens dans la rue. Un autre touriste québécois me disait que plusieurs personnes l’abordaient: ce n’était pas mon cas. Remarquez, je ne m’en plains pas plus qu’il faut. J’étais agréablement surprise du peu de «drague» de rue mais sur ce point je ne pourrais pas dire si c’est le pays ou le ramadan qui fait la différence. Rien, en tout cas, pour me rappeler la lourdeur tunisienne, hondurienne ou bahamienne à ce propos.

Même quand je me promenais avec Marc-André qui passait soit pour mon mari, soit pour mon frère, c’est à lui que les gens parlaient: guichetier, guide, vendeur, etc. On me laissait un peu en plan.

Côté vestimentaire, on voit un peu de tout. La plupart des femmes portent voiles ou foulards, mais il y a quand même un très grand nombre de femmes qui se promènent tête nue, surtout dans les quartiers plus riches. Il faut dire aussi qu’il y a un certain pourcentage de Chrétiens et un grand nombre de travailleuses asiatiques qui ne sont évidemment pas voilées.

On croise surtout des femmes qui portent le hijab. Certains sont plus austères, d’autres absolument à la mode. Plusieurs femmes portent de longues robes boutonnées, unies, mais qui existe dans toutes les couleurs et les textures. J’en ai vu une en jeans hier!

On croise aussi quelques femmes en niqab, à la campagne, comme à la ville. On m’informe que les femmes croisées en ville (clairement très riches si on regarde comment sont habillés leurs enfants!) sont surtout des ressortissantes des pays du Golfe persique. D’ailleurs, à observer leurs enfants habillés comme des cartes de mode nord-américaines, on se demande un peu si les générations passant, les chocs de culture se multipliant, la tradition gardera la couenne dure. Mais l’histoire nous montre que les mouvements de resserement ou de relâchement de la tradition sont assez imprévisibles et ont souvent des racines plus politiques que sociologiques.

J’ajouterais qu’une promenade dans le souk vous permet de tomber sur plusieurs boutiques de sous-vêtements féminins où sont exposés des tenues qui, au Canada, se vendraient dans des sex-shops. Ce choc, parmi d’autres, nous permet surtout de nous rappeler que nous ne comprenons pas grand-chose à la façon dont l’islam, comme foi et comme culture, se démène avec ses interdits et ses contradictions.

Plusieurs hommes aussi portent encore des habits traditionnels, mais on le voit beaucoup moins chez les jeunes en ville. Les hommes portent surtout pantalon propre/chemise ou jeans/t-shirt, toujours assez basique. On ne peut pas dire qu’on croise beaucoup de looks marginaux. Hier, au café du Wild Jordan j’ai croisé à plusieurs reprises un très bel homme… qui avait les cheveux longs. C’est assez inédit…

Le Ramadan

Je voyagais pendant l’été et le Ramadan parce que je n’avais pas trop le choix. Ce n’est évidemment pas la saison idéale.

Un mot sur la chaleur: pas d’inquiétude. Ça n’a vraiment rien à voir avec ce qu’on vit en canicule au Québec. Il y a souvent un bon vent, l’ombre est bienvenue, on évite les efforts physiques en plein midi. Mais globalement, ça s’endure très bien. On peut même dire que les nuits sont un peu fraîches, genre les nuits d’août chez nous.

Pour le Ramadan, c’est sûr que c’est moins l’idéal. En lieux touristiques, on ne s’en rend pas vraiment compte. Tout est fait pour faciliter la vie du touriste. En ville ou hors circuit touristique, c’est quand même un peu plus compliqué. Ce n’est pas tant d’avoir accès à de la nourriture (les supermarchés sont ouverts tout le temps parce que les gens préparent l’iftar) que de trouver un contexte pour manger sans trop attirer l’attention. Certains restaurants sont ouverts, il faut s’informer. Souvent les restos d’hôtels chics sont un bon point de chute.

Ce qui est surtout dommage c’est que la vie n’est pas sur le même rythme et beaucoup de commerces sont fermés. Je n’aurai jamais vu la rue Rainbow dans toute sa vitalité pour cette raison.

Je pense que tous les guides vous diront que l’automne est le meilleur moment pour venir en Jordanie. C’est sans doute vrai. L’avantage de l’été, c’est qu’il y a beaucoup moins de touristes et j’ai pu prendre des photos sans avoir des foules devant chaque vieille pierre.

Le tourisme, justement

La Jordanie est un pays sans ressources naturelles, ou à peu près. Le tourisme est donc la colonne de son économie avec tout ce que ça peut impliquer comme abus.

L’abus de sollicitation, bien sûr, mais surtout le peu d’attention portée à la capacité des lieux à «digérer» ce tourisme. Les préoccupations environnementales sont à peu près inexistantes dans ce pays (ou en tout cas très discrètes) et j’ai déjà parlé du niveau de saletés dans certains lieux touristiques dont on ne prend pas particulièrement soin. À Wadi Rum, nous étions dans un camp du projet Green Key qui est donc supposé être écologique. On n’a jamais réussi à savoir ce que ça veut vraiment dire…

Dans un pays qui manque cruellement d’eau, le besoin du touriste moyen en eau fait évidemment peur. À commencer par les impressionnants resorts touristiques de Aqaba, Petra et la Mer morte.

Le danger, c’est aussi une culture qui cherche à produire ce dont on estime que le touriste a besoin. Cette tendance, autant en ce qui concerne la nourriture, l’artisanat ou les activités offertes pourrait finir par ronger la vraie tradition jordanienne au profit d’une tradition qu’on espère plus séduisante.

Ajoutons que la Jordanie n’est pas un voyage bon marché. Ce n’est pas comme en Asie du Sud-Est où on aime dire que le billet est cher mais la vie ne coûte rien. Ici le billet est cher et à quelques exceptions prêts, les prix sont assez similaires à des prix nord-américains.

La fin

Voilà, ça se termine aujourd’hui. Je traîne dans l’appartement qui deviendra dans mes souvenirs le lieu de vacances reposantes. Je termine ma valise, je prépare le retour. Mon vol est cette nuit et dès jeudi matin je serai à l’aéroport de Dorval.

Après ce sera le retour à la vie normale. (Comme si ma vie était normale.) Le travail, les rencontres de CA, le retour en classe début septembre. Et le prochain livre qui sort dans trois semaines. Les festivals à commencer par Eastman et le Congrès mondial acadien (Edmunston).

Je suis reposée. J’ai un vague souvenir qu’il y a un mois j’étais si fatiguée que je voulais tout lâcher.

J’ai envie de revenir avec déjà une envie de repartir. Mais ça, c’est moi.

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2 réflexions sur “Dernières considérations

  1. Catherine J’ai notée: décalage horaire: pas mon ami, au départ, donc au retour en cette soirée à Montréal …mes incantations à la Nouvelle Lune en Lion afin de chasser cette canicule qui nous rends GAGA….porteront fruits afin de t’accueillir avec tout ton toi, d’une journée éclatante de Soleil pour ton retour. Le décalage horaire se déposera ouf….dans ton nid et avec les amies. Tout est en place pour un accueillant retour….de mon InnerNet Diane S.

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  2. Catherine, …avec cette canicule qui m’a transportée dans un non-temps, l’agenda me signale que la Nouvelle Lune est samedi ! Tout de même le Soleil brillera à ton arrivée….il te suit Diane S.

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